
Le phénomène frontaliers est très important dans l'hexagone. Rien qu'en Lorraine, ce sont plus de 75.000 travailleurs qui partent chaque jour vers le Luxembourg et c'est sans compter les frontaliers qui vont vers la Suisse, l'Italie ou encore la Belgique.
Pourtant, tous ces frontaliers sont régulièrement confrontés à des problèmes spécifiques, qui ne sont pas toujours pris en compte au niveau national, la faute à une méconnaissance de ces territoires.
Heureusement, l'Etat français commence à prendre conscience de l'importance des enjeux auxquels doivent répondre les espaces frontaliers. Ainsi, plusieurs études ont été menées afin de mieux connaître ces frontières et leurs spécificités.
Ainsi, la DATAR (Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale) a commandé une étude portant sur l'ensemble des frontières et l'AGAPE (agence d’urbanisme et de développement durable de Lorraine Nord) notamment, s'est mobilisée pour ce projet. Parmi les territoires étudiés, on retrouve le sillon lorrain et la Lorraine Nord.
« Des territoires transfrontaliers qui tirent autant profit de la frontière qu’ils ne la subissent ».
Comme on peut s'en douter, les territoires transfrontaliers tirent bénéfice de leur situation. Ainsi, d'après les résultats de l'étude, le nombre élevé d'actifs frontaliers (10% des actifs lorrains) a un impact positif sur le taux d'emploi et sur le taux de chômage local.
"Ces emplois frontaliers, qui résultent pour partie de l’exceptionnel dynamisme économique des villes états et états de petite taille voisins (+ 4% par an pour le PIB au Luxembourg depuis 40 ans !) induisent d’autres emplois liés à la présence résidentielle des travailleurs côté français ainsi que l’évolution démographique de certains territoires frontaliers anciennement en déprise démographique (comme le nord lorrain), notamment sur le plan migratoire et qui ont vu la tendance s’inverser depuis une dizaine d’années".
Pourtant, l'étude met aussi en avant des effets pervers. Ainsi, avoir un pôle économique (comme le Luxembourg) situé de l’autre côté de la frontière et dans un autre pays entraîne un phénomène de dépendance économique sur ces territoires. Selon le rapport "un changement de stratégie économique de l’autre côté de la frontière, a des répercussions pour l’économie et l’emploi, sans que les pouvoirs publics français puissent anticiper ou accompagner efficacement le mouvement".
D'autre part, l'étude met aussi en avant une certaine concentration des emplois frontaliers dans des catégories socio-professionnelles moins qualifiées. La frontière joue ainsi un rôle "de filtre", notamment en raison de la différence linguistique.
Autre point soulevé par le rapport, les conséquences de la "résidentialisation des territoires". On note ainsi que "les collectivités françaises frontalières (qui) ne bénéficient pas des retombées fiscales des activités économiques situées dans le pays voisin, tout en ayant à charge la construction d’équipements et la mise à disposition de services à la population". Seule la Suisse a trouvé une solution à ce problème en rétrocédant l'impôt sur le revenu (prélevé à la source) des travailleurs frontaliers aux collectivités françaises du bassin genevois.
Enfin, cet essor du travail frontalier entraîne aussi une flambée des prix fonciers et immobiliers, ce qui contribue à "l'émergence d'une ségrégation sociospaciale entre frontaliers et non-frontaliers, les seconds ayant de plus en plus de difficultés à se loger dans les zones frontalières".
L'ensemble de l'étude sur le site de l'AGAPE.