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Quand un salarié est amené à travailler dans un autre pays que celui de sa résidence, plusieurs questions se posent dont celle de l’affiliation à la sécurité sociale.

Publié le 05/10/2011 // 3981 lectures

Quand un salarié est amené à travailler dans un autre pays que celui de sa résidence, que cela soit de manière régulière, comme c’est le cas par exemple pour les quelque 150.000 frontaliers travaillant au Luxembourg, ou de manière temporaire, comme en cas de détachement dans un autre pays, ou, enfin, de manière intermittente, plusieurs questions se posent dont celle de l’affiliation à la sécurité sociale.

Cette question intéresse évidemment le salarié : d’une part, l’affiliation à l’un ou l’autre régime aura un impact sur son salaire net puisque le taux et l’assiette des cotisations sociales varient, parfois dans des mesures très importantes, d’un pays à l’autre ; d’autre part, les prestations sociales qu’offrent les différents pays, que ce soient les prestations familiales, les prestations de santé ou la pension, sont également différentes. Elle intéresse tout autant l’employeur qui devra s’acquitter des charges patronales dont les taux peuvent aussi varier considérablement avec une incidence financière non négligeable sur la masse salariale.

Au niveau de l’Union européenne, le règlement européen de coordination de la sécurité sociale pose un principe de base qui est celui de l’affiliation du salarié dans le pays dans lequel il exerce son activité.  Ceci s’applique aussi bien pour le salarié qui travaille dans son pays de résidence que pour le travailleur frontalier exerçant son activité dans un autre pays. Ce règlement va dans ce dernier cas indiquer à quelles conditions le salarié peut bénéficier des prestations sociales prévues pour les résidents du pays d’activité. C’est ainsi par exemple qu’un résident belge travaillant au Luxembourg bénéficiera des allocations familiales versées par la Caisse Nationale des Prestations Familiales soit directement, soit en complément des allocations familiales belges.

Ce principe étant posé, ce même règlement va prévoir deux exceptions : le détachement et l’activité simultanée dans plusieurs pays.

Le détachement

Le détachement n’étant que temporaire, le salarié a souvent intérêt à conserver l’affiliation à la sécurité sociale de son pays d’origine pour notamment maintenir ses droits en matière de pension, d’assurance maladie pour la famille restée dans le pays d’origine ou de bénéfice des prestations familiales étrangères.

L’affiliation à la sécurité sociale du pays d’origine peut aussi permettre le maintien du salarié détaché dans l’assurance groupe du pays d’origine. Dans la plupart des cas, il est préférable pour le salarié détaché de bénéficier d’une seule et même assurance groupe durant sa carrière au sein d’un groupe, plutôt que de cumuler des assurances groupe dans différents pays. Par ailleurs, le changement d’assurance groupe peut impliquer une variation des garanties offertes au salarié ainsi que le risque pour l’employeur d’une variation sensible du coût de cette assurance.

Les modalités et les formalités sont différentes selon le lieu du détachement. En cas de détachement dans un Etat membre de l’Union européenne, la durée maximale d’un détachement classique est de 24 mois. Si le salarié envoyé en détachement a bénéficié juste avant le début de son détachement d’une affiliation préalable au Luxembourg d’au moins un mois, le Centre Commun de la Sécurité Sociale (CCSS) lui délivrera une attestation A1 lui garantissant le maintien de son affiliation d’origine. En complément de cette attestation, le salarié sera muni d’une carte européenne d’assuré social permettant le remboursement des prestations de soins de santé dans le pays de détachement.

Si le détachement doit durer plus de 24 mois, ou s’il doit se prolonger au-delà de cette période, une demande de dérogation doit être adressée au ministère de la Sécurité sociale, qui prendra contact avec les autorités compétentes de l’autre Etat pour accord.

En cas de détachement dans un Etat membre de l’Espace Economique Européen (UE +Islande, Liechtenstein, Norvège) ou en Suisse, ce sont les règles de l’ancien règlement communautaire qui continuent actuellement à s’appliquer : la durée initiale du détachement ne devra pas dépasser 12 mois et le CCSS délivre dans ce cas une attestation E101 (puis une attestation E102 en cas de prolongation imprévue au-delà des 12 premiers mois). Pour une durée plus longue, une demande de dérogation doit être adressée au ministère de la Sécurité sociale.

Si le détachement a lieu dans un autre pays, il faudra se référer à l’éventuelle convention bilatérale de sécurité sociale conclue entre le Luxembourg et ce pays. La liste de ces conventions se trouve sur le site www.secu.lu. Par exemple, la convention avec les Etats-Unis prévoit la possibilité d’un maintien d’affiliation au régime luxembourgeois pour une période maximale de 5 ans. La procédure est alors proche de celle décrite ci-dessus.

En revanche, s’il n’existe pas de convention bilatérale, une demande initiale est à introduire auprès du CCSS et le travailleur détaché reste assujetti à la législation luxembourgeoise pour une durée maximale de 12 mois si les conditions pour un détachement sont remplies. Dans ce cas le CCSS délivre également un certificat de législation applicable. Une demande de prolongation est à présenter également auprès du CCSS avant l'expiration de l’autorisation initiale. Toute demande de prolongation supplémentaire fait l’objet d’une décision du comité directeur du CCSS et ce, jusqu’à concurrence d’une durée maximale de détachement de 5 années.

L’activité dans plusieurs pays

Un autre principe posé par le règlement européen est l’unicité de la législation applicable : cela signifie que le salarié ne doit être affilié que dans un seul Etat, même s’il exerce son activité simultanément dans différents Etats. Dans ce cas, il faut donc trancher entre les différents Etats potentiellement compétents.

Les règles reprises dans le nouveau règlement entré en vigueur le 1er mai 2010 reprend les anciennes dispositions, mais en les assouplissant quelque peu afin de tenir compte de la réalité transfrontalière.

La réponse à cette question dépend de deux éléments : le salarié travaille-t-il pour un seul ou plusieurs employeurs, et dans la première hypothèse, exerce-t-il ou non une partie de son activité dans son Etat de résidence.

Si le salarié travaille pour des employeurs différents situés dans au moins deux Etats membres, l’affiliation se fera dans l’Etat de résidence. Si cette règle peut faire sens, elle n’est pas sans créer un risque pour un certain nombre d’employeurs occupant, notamment, des salariés à temps partiel. En effet, l’employeur luxembourgeois qui n’est pas averti que son salarié travaille également pour un autre employeur dans un autre Etat peut, de bonne foi, affilier ledit salarié au CCSS et être averti bien plus tard que l’affiliation, et donc le paiement des charges patronales, aurait dû se faire dans l’Etat de résidence du salarié. En théorie, le système électronique d’échange des données mis en place dans le cadre du règlement européen devrait à l’avenir limiter ces risques, mais cela peut d’avérer trop tard une fois l’exécution du contrat de travail commencée.

Si le travailleur salarié travaille pour un seul employeur, mais simultanément dans différents Etats (notamment en cas de télétravail frontalier), le nouveau règlement européen a introduit le critère prépondérant de l’exercice, ou non, d’une partie substantielle de l’activité dans l’Etat de résidence. 
Ainsi, si un salarié exerce dans son Etat de résidence une activité représentant au moins 25 % de son temps de travail ou de sa rémunération, il sera affilié dans son Etat de résidence. Au contraire, s’il exerce dans son Etat de résidence une partie non substantielle de son activité, et a fortiori s’il ne travaille pas dans son Etat de résidence, l’affiliation se fera dans l’Etat du siège social de l’entreprise.

L’employeur luxembourgeois dont un salarié travaille simultanément dans plusieurs Etats devra envoyer au CCSS un formulaire de demande d’attestation en cas de travail à l’étranger par lequel il s’engage à ce que ce salarié n’exerce pas plus de 25 % de son activité dans son pays de résidence, auquel cas ce dernier restera affilié à la sécurité sociale luxembourgeoise. Le règlement européen prévoit cependant que l’appréciation de ce critère se fera sur une période de 12 mois. L’employeur comme le salarié doivent donc rester attentifs au respect de ce critère de manière continue afin d’éviter, par exemple, une désaffiliation avec effet rétroactif.

Au cas où la législation luxembourgeoise est applicable en vertu de ces dispositions, une attestation (A1 pour les États de l’Union européenne, E101 pour les États de l’Espace Economique Européen ou la Suisse, ou un certificat pour les autres pays) est délivrée pour une année à partir de la date de la demande. Une nouvelle demande est à présenter par l’employeur, le cas échéant, avant l’expiration d’une année.

Au vu de ce qui précède, il est donc important tant pour l’employeur que pour son salarié, de bien connaître les règles et formalités applicables afin d’éviter de mauvaises surprises en cours de contrat.

Joël de Marneffe
Tax & Legal Senior Consultant
Joel.demarneffe@sdworx.com

SD Worx S.A.

 

 

(Article publié dans le numéro 49 d'Entreprises Magazine, septembre-octobre 2011.)

Vous pouvez commander des exemplaires de cette édition à la rédaction d’Entreprises magazine, en téléphonant au (352) 40 84 69, par Fax : (352) 48 20 78 ou par courriel : icouset@yahoo.com.
Site web : www.entreprisesmagazine.com, 10 euros le magazine + les frais de port.

 


Commenter cet article (8 commentaires)

Pedro1974 (2011-10-06 09:55:27)
Cet article est très intéressant et ma question tombe à point:

j'habite donc en France et travaille au Luxembourg depuis 5 ans. Je viens de tomber malade pour la première fois, et le médecin m'a fait un arrêt de 3 jours. J'ai donc posté l'arrêt en partie à la CPAM et en partie à mon employeur.

Les 3 jours de maladie vont être payés par qui? Par mon employeur? Par la CPAM?

Est-ce que la CPAM fait un virement direct sur mon compte? Ou bien fait un virement sur le compte de l'employeur?

Ou bien est-ce que la CPAM ne paie rien, prend juste connaissance du dossier, mais tous les frais sont à la charge de l'employeur?



Merci pour vos éclaircissements.
Pedro1974 (2011-10-11 14:36:50)
Merci tuggi70!
tuggi70 (2011-10-11 14:31:36)
@pedro : le patron continue de te payer ton salaire comme d'habitude et lui va se faire rembourser à 80% par la mutualité des employeurs au Luxembourg.

Le papier du toubib tu dois l'envoyer à la CNS au Luxembourg (Caisse Nationale de Santé, 125 rte d'esch, Luxembourg), et un exemplaire à l'employeur. Si tu n'envoie rien à la CNS ton patron ne va pas se faire rembourser et il va être grognon...
nostro (2011-10-06 11:05:21)
Tu dois envoyer une partie à ton employeur et une partie à la CNS au luxembourg (et non pas à la CPAM en France).



http://www.guichet.public.lu/fr/citoyens/travail-emploi/incapacite-travail/incapacite-maladie-accident/declaration-incapacite-travail/modalites-declaration/index.html
Damocles1 (2011-10-06 10:28:38)
Hé... les frontas français.... Pedro a besoin de vos lumières..Allez un petit effort à vos claviers.
zeltron (2011-10-06 00:14:04)
j'ai commencé à lire l'article et j'ai attrapé mal la tete. meme pas pu continuer a le lire apres 3 lignes... je ne sait pas de koi ça parle mais si tu habites en france et tu travailles au lux: c'est deja le bronx. Notre gouvernement européen qui est gracieusement payé a trouver des solutions, à écrire des lois et heu oui voila le mot a la mode des REFORMES. Nos politiques n'avaient que ce mot la a la bouche REFORMES. MMMM c'est bon ça. C'est ce que tout le monde pensait. C'est pour ça qu'ils abusaient de ce mot. Allez je vous le redis. fermez les yeux... REFORMES... le "s" on l'entend pas bien sur. vous avez senti ce bien etre. une petite derniere ... REFORME... bon je reviens à notre pauvr'mouton qu'est malade (il habite en fr et travail au lux). 2 solutions, il va voir le véto de fr ou de lu. S'il va voir le veto en fr. Tout ce passe bien une fois que tous les imprimés demandés sont donnés. on appelle cela de la paperasse francaise. ils ont repris les codes de colorant E400..(pour la sécu-fr et pour la mutuelle-fr qui se base sur la sécu-fr: tout va bien). si le mouton il va voir le véto au lux, bon c'est plus chere, la secu-lux elle rembourse toujours kekchoss. Par contre les ennuis commencent quand vous fournissez ce papier secu-lux a la mutuel_fr pour demande de remboursement de la partie non remboursé par la secu-lux. vous me suivez toujours... Celle ci (mutuel-fr) va vous demander un papier de la secu_fr. Que vous n'avez pas. Vous demandez un papier a la secu_FR en leur fournissant le papier secu-lux. La secu_fr vous repond qu'il faut demander une autorisation pour effectuer des soins a l'étranger... SOINS que vous avez deja eut a l'etranger. oui rapellez vous cas numéro 2 Le véto-lux a prescrit une boite de doliprane au pauvr'mouton qu'habite en fr et qui travail au lux qui a commencer a lire l'article ci-dessus :-) et qui lui a donné mal au crane. le mouton a explicité ça a la secu_fr que la secu_lux a deja remboursé kekchoss et que le mouton ne voulait rien de la secu_fr (non surtout pas de pognon la seculux ma deja donner du pognon) je veux juste du papier pour me torcher le c.. heu non pour donner a la mutuel_fr a qui je paye tous les mois plus de 100 euros pour leur demander juste les 2 euros quon pas été pris en charge par la secu-lux. Le mouton attend depuis des mois une reponse de la mutuel-fr qui comprend rien et qui demande toujours un tas de paperasse qui est hors sujet. Du coup, le mouton a eut encore plus mal a la tete et est allez s'acheter 2 boites de doliprane sans aller chez le docteur ni demander koi que ce soit a aucune des secu (lux-fr). 10 Courriers a 50 centimes = 5 euros de timbres pour la mutuel-fr --> y avait juste 2 euros a rembourser. Y zaurait gagner 3 euros si y zavait compris du premier coup que la secu-lux a deja payer le doliprane du mouton malade et que la secu-fr n'y est pour rien et quelle a elle aussi depenser 5 euros de timbres sans compter le dossier de 20 pages de papiers envoyé directement a la poubelle par le mouton (il a choisi le recyclage oui le tri selectif tout de meme). AVEZ VOUS TOUT COMPRIS? non moi non plus. OUI vous avez compris que la secu-fr et mutuel-fr creuse eux meme leur propre trou financier. C'est extraordinaire. Et sans compter le personnel qui a perdu des heures a étudier ce dossier sans se rendre compte qu'il creuse eux meme leur trou du deficit. je vais leur envoyer une pelle. elles doivent etre usé depuis tout ce temps. TOUT SIMPLEMENT EXTRAORDINAIRE, MERVEILLEUx. allez venez tous me rejoindre aux barricades.
tuggi70 (2011-10-11 14:44:53)
@zeltron : le texte de l'article est plus simple à lire que ton commentaire.

Les paragraphes et les espaces n'ont pas été inventés pour rien.

J'ai quand même réussi à terminer ton commentaire... donc pour te répondre...



L'assurance complémentaire (mutuelle) en france est une assurance privée qui n'a rien à voir avec la sécurité sociale LU ou FR. Certaines mutuelles acceptent sans problème l'avis de remboursement de la Sécu-Luxembourgeoise sans devoir passer par la case CPAM. Donc il suffit de bien choisir sa mutuelle.

Et ensuite, il est parfois beaucoup plus simple et moins emmerdant de se renseigner AVANT de faire qqchose, au lieu de critiquer seulement.
vince1966 (2011-10-06 07:31:11)
trop long ...

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