C'est toute une problématique qui entoure le statut du frontalier, si particulier et en même temps tellement commun dans notre région. C'est donc dans le cadre d'un projet UGR (Université Grande Région) qu'une conférence-débat a été organisée mardi à ce sujet, par l'IUT de Longwy.
"Etre travailleur frontalier aujourd'hui : réalités et enjeux", voilà le thème de cette conférence qui a été l'occasion de livrer les principales conclusions de travaux universitaires menés depuis deux ans, par plusieurs chercheurs des universités de Nancy, Liège, Luxembourg, Saarbrücken et Metz.
Mais quels sont les sujets qui ont été abordés ?
Les universitaires ont travaillé sur le profil même des frontaliers. D'où viennent-ils, comment viennent-ils et pourquoi ? Quels sont leurs problèmes, les avantages et inconvénients à passer la frontière tous les jours, les langues qu'ils parlent ? Quelle influence peuvent-ils avoir sur leur pays de résidence, leur pays de travail, sur l'aménagement du territoire ? Evidemment la question de la mobilité et de ses défis n'a pas non plus été oubliée, tout comme l'influence sur l'immobilier, les prix aux frontières, les comportements d'achats, les difficultés juridiques liées à leur statut ou encore leur représentation syndicale.
Voici donc quelques exemples de réponses à toutes ces questions qui ont été abordées lors de cette soirée.
Pourquoi venir au Luxembourg ?
Côté motivations, la majorité répondrait que c'est bien sûr pour l'argent que les travailleurs passent la frontière. D'après une étude du CEPS datant de 2003, c'est effectivement le cas de 44% des personnes ayant répondu, mais ce n'est pas la seule raison. 30% répondent ainsi qu'ils sont venus au Luxembourg pour les offres d'emploi, 8% pour l'adéquation entre leur formation et l'emploi proposé, 6% évoquent les perspectives de carrière plus intéressantes et les conditions de travail (4%).
Mais une chose est certaine, les frontaliers continuent de venir travailler au Luxembourg et ils viennent de plus en plus loin pour cela. Certains font même le déplacement depuis Liège et même d'Epinal pour venir travailler au Luxembourg, d'après les géographes.
Quelles sont les pratiques linguistiques ?
Pour ce qui concerne les langues, il ressort que d'une manière générale, dans le public on parle luxembourgeois, français dans le privé et anglais dans les sociétés internationales. On peut aussi résumer la situation de la façon suivante : les frontaliers qui habitent en France parlent français et anglais, tout comme les frontaliers belges et les frontaliers allemands, parlent anglais et allemand. Mais évidemment tout ceci dépend de l'environnement professionnel et des compétences linguistiques des frontaliers.
Le frontalier : un mal nécessaire !
Autre point intéressant, la perception qu'ont les luxembourgeois des frontaliers. Les frontaliers, ne sont pas toujours bien perçus par les résidents.
30% considèrent ainsi qu'ils enlèvent des emplois aux luxembourgeois car ils perçoivent des salaires plus faibles, sont mieux qualifiés et plus motivés. Cependant, ils pensent aussi que les Luxembourgeois ont aussi plus tendance à travailler dans le secteur public, secteur encore fermé aux non-résidents.
En revanche, pour 87% des Luxembourgeois, le frontalier est important pour la croissance du Luxembourg, car le nombre de résident est insuffisant pour faire "tourner" correctement le pays.
Côté culture, 55% des Luxembourgeois pensent que leurs voisins enrichissent culturellement le Grand Duché, mais qu'ils devraient plus s'intéresser au pays et à sa culture.
Enfin, les frontaliers seraient aussi une menace pour la langue luxembourgeoise (57%), qui a tendance à passer au second plan dans les situations de la vie de tous les jours (bars, restaurant, magasins, etc.). Ainsi, au final, malgré les points négatifs qui peuvent être relevés, les frontaliers restent tout de même indispensables à la bonne marche du pays.
Un ouvrage sur les travailleurs frontaliers pour 2012
Rien qu'en Lorraine, il faut savoir qu'un actif sur dix travaille de l'autre côté de la frontière. C'est un phénomène économique et social majeur et en évolution continue.
C'est pourquoi, toutes ces analyses portant sur des aspects spécifiques du travail frontalier vont être rassemblées dans un ouvrage collectif. Il dressera ainsi un état des connaissances sur le travail frontalier au sein de la Grande Région, avec ses évolutions, ses pratiques, ses difficultés, etc. Il devrait sortir en 2012 et être publié aux Presses Universitaires de Nancy (PUN).