D'après une étude britannique publiée lundi dans la rubrique américaine Archives of General Psychiatry, les hommes qui fument connaissent un déclin mental plus rapide que les non-fumeurs en vieillissant.
La consommation de tabac se traduirait ainsi, à long terme, par des pertes de mémoire et du mal à utiliser des connaissances passées pour agir au moment présent.
"Notre étude montre un lien entre le fait de fumer et (la détérioration) des capacités intellectuelles surtout à des âges avancés", souligne Severine Sabia de l'University College London (Grande-Bretagne), principal auteur de cette communication.
Selon elle, "ce lien est sous-estimé, ce qui présente un risque plus élevé de mortalité parmi les fumeurs vieillissants".
Un phénomène qui n'est pas observé chez les femmes
L'étude révèle aussi que ce phénomène n'a pas été observé chez les femmes. Les raisons de la différence entre les deux sexes ne sont pas très claires, relèvent les auteurs de cette recherche, avançant comme facteurs parmi d'autres le fait que les hommes fument souvent davantage et que leurs travaux ont porté sur deux fois moins de femmes.
La cigarette attaque le cerveau
En plus des méfaits que nous lui connaissons, la cigarette augmenterait les cas de démence. Pour le Dr Marc Gordon, chef du service de neurologie à l'hôpital Zucker Hillside Hospital (Etat de New York), qui n'a pas participé à cette recherche, "cette étude montre que le tabac est mauvais pour le cerveau".
"Le tabagisme à un âge moyen est un risque évitable qui correspond grosso modo à un vieillissement (prématuré) de dix ans sur l'échelle du déclin intellectuel", selon lui.
Cette étude met en lumière un facteur de risque de plus pour la démence dans une population vieillissante. Le nombre de cas de démence était estimé à 36 millions en 2010 et continue à fortement augmenter, avec un doublement attendu tous les vingt ans, soulignent les auteurs de l'étude.
Comment a été menée cette étude ?
Cette recherche a été menée sur des fonctionnaires britanniques, 5.099 hommes et 2.137 femmes. L'âge médian des participants au moment de la première évaluation des capacités mentales était 56 ans, avec une période de suivi de 25 ans.
Ces chercheurs ont examiné le lien entre le nombre d'années de tabagisme et le déclin mental dans la période de transition chez des personnes d'âge moyen jusqu'à la vieillesse. Ils ont analysé les données en utilisant six critères pour déterminer le degré de tabagisme sur 25 ans et trois mesures des capacités mentales pendant plus de dix ans.
Ils sont parvenus à quatre conclusions-clés, dont le fait que les fumeurs masculins connaissent un déclin de leurs capacités mentales plus rapide que les non-fumeurs. Ceux qui ont continué à fumer durant la période de suivi ont eu de mauvais résultats à tous les tests.
De plus, les hommes ayant cessé de fumer dans les 10 ans précédants les premiers tests courraient encore un risque plus élevé de déclin mental, surtout dans diverses fonctions complexes nécessaires pour parvenir à un but.
Les anciens fumeurs ayant renoncé à la cigarette depuis plus longtemps n'ont pas montré de recul aussi net de leurs capacités mentales dans les tests, précisent les auteurs de l'étude.