Les Luxembourgeois deviennent frontaliers de leur propre pays
Il est assez fréquent de parler des frontaliers français, belges ou encore allemands qui viennent travailler au Grand-Duché. Pourtant, tous ces frontaliers qui habitent la France ou la Belgique, ne sont pas forcément Français ou Belges. D'ailleurs, on oublie aussi que les Luxembourgeois qui deviennent eux-mêmes frontaliers de leur propre pays sont toujours plus nombreux.
Dans son étude, Claude Gengler se penche plus particulièrement sur ce dernier aspect et constate que le nombre de Luxembourgeois qui continuent à travailler au Grand-Duché, mais qui déménagent dans un des pays limitrophes, est de plus en plus élevé ces dernières années.
Ainsi, entre 2001 et 2007, 7.715 actifs ont quitté le pays tout en continuant à y travailler. Puisque ce sont parfois des familles entières qui partent, on peut raisonnablement penser qu’entre 15.000 et 18.000 personnes ont quitté le pays au cours de cette période, tendance à la hausse.
Dans quel région déménagent-ils ?
Les frontaliers (de toute nationalités cette fois), qui ont quitté le Luxembourg pour un pays limitrophe, restent en général assez proches des frontières. Les Français partent plus facilement s'installer en France, les Belges choisissent aussi particulièrement leur pays, tout comme les Allemands qui retournent en Allemagne.
Ce qui est intéressant, c'est de voir que les Luxembourgeois préfèrent visiblement le mode de vie germanique, car ils vont plus facilement s'installer à la frontière allemande. La ville de Perl a ainsi vu sa population augmenter sensiblement, alors que la Sarre subit de plein fouet la décroissance démographique. Les autres régions ne sont pas épargnées par cette nouvelle forme d’immigration, qui concerne principalement Thionville, Villerupt, Aubange ou encore Arlon. Les Portugais pour leur part, ont tendance à poser leurs valises du côté de la France, pour des raisons de langue, évidemment, mais aussi parce qu’il y a déjà une forte communauté portugaise sur place.
Mais pourquoi partent-ils ?
D'après les résultats de l'étude, LA principale raison de départ est lié à l'immobilier. Le prix de l'immobilier au Grand-Duché joue un grand rôle dans le choix du déménagement et beaucoup de personnes changent de pays afin d'accéder à la propriété (55% des locataires au Luxembourg, deviennent ainsi propriétaires à l'étranger). D'ailleurs, plus de 68% des personnes augmentent aussi la taille de leur logement (de plus de 50m2 pour 45% d'entre eux).
Parmi les autres raisons mises en avant, on retrouve aussi les relations familiales. Les habitants du Luxembourg (toute nationalités confondues) déménagent au-delà de la frontière car ils se marient ou se mettent en concubinage avec des frontaliers, par définition des non résidents, et décident ensemble d’aller habiter de l’autre côté de la frontière. Dans ce cas précis, une séparation ou un divorce peut entraîner un retour au Luxembourg.
Au final, lorsque ces "nouveaux arrivants" sont interrogés sur leur nouveau lieu de vie, ils se montrent globalement satisfaits. 85% des personnes sont contentes de leur choix résidentiel que ce soit au niveau de leur qualité de vie ou de leur pouvoir d'achat. Par contre plus de 66% montrent du doigt leurs déplacements domicile-travail, qui sont "beaucoup moins bien".
Pour conclure Claude Gengler explique que cette mobilité mérite d'être étudiée d'une manière encore plus approfondie. Il serait ainsi intéressant de connaître ses effets sur les villes et les communes limitrophes, sur la circulation, sur l'accueil que reçoivent les nouveaux venus de l'autre côté de la frontière ou encore les conséquences sur l'aménagement du territoire.
Vous retrouverez plus d'informations sur le site internet de l'ASTI.