Prenez une voix chaleureuse, un faux air de Bruce Willis, ajoutez-y un rire communicatif, secouez, et vous obtiendrez un portrait assez clair de Luc, 50 ans, dont près de vingt passés à sillonner les routes entre Metz et le Grand-Duché. Un choix de vie que notre interlocuteur de cette semaine nous explique simplement : “Sans travail, hélas, tu n’es pas grand-chose. Et là-bas, j’ai eu du travail“.

“À peu près 3000 euros/nets par mois”

Levé à 6h00, arrivé au travail à 8h00, retour en terres messines vers 20h30 : Luc se conforme à un emploi du temps bien connu des frontaliers pour un salaire “a peu près équivalent à 3000 euros/nets par mois, parfois plus“.


Et après vingt années de carrière, notre carrossier peut se permettre de dresser le bilan. Verdict : il ne regrette rien. “Si c’était à refaire, je le referai sans hésiter, assure-t-il. Je suis reconnaissant. J’ai même une petite rage en moi : la France – mon pays – n’a jamais pu me donner ce que le Luxembourg a pu m’offrir. Un comble“.


“Il ne faut pas se leurrer : nous vivons dans une région morte”

Après plusieurs petits boulots, ce passionné d’automobile se dirige donc vers le Luxembourg en 97. “Une autre époque, à ce que l’on raconte, dit-il, mais pas tant que ça. Il ne faut pas croire les nostalgiques : c’était mieux oui mais déjà difficile en ce temps là, surtout en Lorraine. Il ne faut pas se leurrer, nous vivons dans une région morte. Comme tout le monde, je suis allé travailler au Grand-Duché pour des questions de salaire. Le trajet, on s’y fait bon gré mal gré, mais il n’a jamais été question pour moi d’habiter là-bas car les loyers sont trop hauts“.
 


Il ajoute alors dans un éclat de rire : “Aujourd’hui, un jeune qui commencerait à travailler au Luxembourg et qui souhaiterait s’y installer passerait le reste du mois à manger des carottes !“.

Des bouchons et des solutions

Aborder la question des trajets avec un frontalier, c’est flirter à coup sûr avec le point Godwin de toute discussion de ce type : les bouchons. Pourtant – Luc en est persuadé – des solutions existent : “Ils devraient agrandir l’autoroute et rajouter des trains, tempête-t-il. Ils disent que cela va se faire, mais j’entends ça depuis des années. À une époque, si l’autoroute était saturée, il était possible d’emprunter des petites routes. Mais aujourd’hui, il y a de plus en plus de frontaliers, donc de plus en plus de bouchons !“.

Un message à ceux qui cherchent encore le chemin du travail


Si Luc ne regrette rien, pour lui, le monde du travail est un monde en guerre : mieux vaut donc y être préparé. “J’aimerais adresser un message à ceux qui me lisent et qui cherchent du travail, conclu-t-il. Ne baissez pas les bras, ne vous levez pas à midi, battez-vous. Aujourd’hui, avoir un travail qui plaît est un luxe que l’on ne peut pas toujours se permettre. On dit que l’argent ne fait pas le bonheur, mais l’important reste d’en gagner assez pour pouvoir vivre décemment. Et grâce au Luxembourg, pour moi en tout cas, cela reste possible“.