Claudine, licenciée : « Les employeurs peuvent être impitoyables au Luxembourg »
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Emploi

Claudine, licenciée : « Les employeurs peuvent être impitoyables au Luxembourg »

Claudine a 40 ans. Elle est aide-médicale dans un cabinet au Luxembourg. Après 20 ans de travail, elle vient d'être licenciée par son employeur pour des « raisons encore inconnues ». Elle est déterminée à faire valoir ses droits. Elle est entourée d'un avocat au Luxembourg. La procédure est lancée. Témoignage. 

Publié par Chrystelle Thevenot le 10/08/2021 | 26.884 vues

Licenciement-claudine
Licenciement-claudine

Claudine, ex-frontalière française a désormais de la « haine » contre son employeur luxembourgeois. Dans la misère sociale depuis près de huit mois, sa vie a basculé en moins d’un an : « Je vis un enfer ».

Elle est passée d’un statut de salariée bien rémunérée au Luxembourg gagnant près de 3 500 euros par mois à celui de travailleuse handicapée en France avec un salaire, qu’elle a pour le moment refusé, de 900 euros.

Elle a connu le « luxe » maintenant elle combine ses fins de mois avec les « aides de l’Etat». Comment peut-on en arriver là ? Quelles sont les circonstances qui ont poussé Claudine à se battre pour ses droits de femme, de frontalière, de salariée ?

Une chute vertigineuse à laquelle la jeune femme dynamique ne s’attendait pas : « Un coup de poignard » de la part de son ex-employeur qu’elle ne digère toujours pas.

Une opération des cervicales en urgence…

Cela fait 20 ans que Claudine travaille au Luxembourg. Aide-médicale à temps plein, elle aime son métier. Pas de retard, salariée exemplaire, motivée et disponible, tel pourrait être le parcours de cette femme, divorcée, maman d’un enfant.

Mais voilà, en 2013, elle commence à souffrir de douleurs au niveau de la colonne cervicale. Les causes ? Le chirurgien de Strasbourg qu’elle consulte, lui confirme qu’elle a une fragilité au niveau du dos et qu’elle doit impérativement se faire opérer. Si c’est pour vivre mieux, Claudine n’hésite pas. Elle sera en arrêt maladie pendant près d’un an : « Franchement, je ne m’attendais pas à être absente si longtemps. J’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre » se souvient-elle.

En 2014, elle reprend donc son travail mais sera reclassée en interne : « C’est la proposition faite par la médecine du travail au Luxembourg ». Elle retravaillera à temps partiel et conservera l’intégralité de son salaire.

“Il me demande si ça va puis me licencie”

En début d’année 2020, elle s’aperçoit que ses soucis de santé réapparaissent : « Fourmillement dans les mains, perte de la sensibilité de mes muscles et mal de dos, j’ai commencé à m’inquiéter. La position assise sur mon lieu de travail me devenait pénible » évoque-t-elle.

En février 2020, elle se confie à son employeur : « Je décide d’en parler à mon responsable afin de trouver ensemble une solution » regrette-t-elle. Au printemps 2020, la crise sanitaire a débuté au Luxembourg. Son cabinet médical ferme ses portes. Sa collègue et elle sont placées en chômage partiel. Pas d’activité professionnelle, Claudine s’occupe pendant quatre mois.

En juillet 2020, son employeur lui téléphone en lui précisant qu’il allait lui enlever « un peu »  de chômage partiel. Echange convivial, il lui demande même de ses nouvelles : « Le cabinet marchant au ralenti, je me suis dit que c’était normal. C’était un mauvais moment à passer pour l’entreprise , le meilleur étant de toute façon devant nous ». Elle compatit.

Son employeur donne de faux raisons !

Trois jours après cet appel « plutôt rassurant » selon elle, elle reçoit dans sa boîte aux lettres une lettre de licenciement pour raisons économiques. La société a perdu du chiffre d’affaires, souligne-t-on dans le courrier envoyé en recommandé : « Un cabinet médical qui perd de l’argent, ça ne dure jamais ».  Les véritables motifs ? Claudine les cherche encore : « Je n’ai rien vu venir. J’ai essayé de me défendre par tous les moyens mais c’était trop tard. Je venais de franchir le premier palier de ma descente aux enfers » étaye Claudine.

Conclusion : Pas de motif valable de licenciement, réduction drastique de son préavis de départ, trois mois de salaire en guise de dédommagement et « très vite son complément de salaire versé par la sécu n’est plus pris en compte ». On ne lui laisse plus rien pour vivre. Claudine est acculée.

Des administrations frontalières qui ne se parlent pas

Ce tourbillon va projeter cette cadre dans la galère administrative entre la France et Le Luxembourg. Des va-et-vient « inutiles » entre des administrations frontalières qui ne se parlent pas (ou plus). Ses économies ? Elle les dépensera pour qu’un avocat luxembourgeois plaide en sa faveur : « Je me bats pour un reclassement en externe afin de pouvoir me former à autre chose et vivre dignement. C’est pas compliqué » assénant « On n’a pas le droit de jeter les salariés ainsi. Ce n’est pas humain ».

Elle a tenté d’expliquer sa situation à un syndicat représentant les salariés au Luxembourg, mais là aussi, pas de réponse.

Un collectif de frontaliers

« Je n’ai plus rien pour vivre, s’alarme Claudine, je ne suis plus considérée comme frontalière et je dépends de la France désormais. L’assistante sociale de ma commune m’a proposée un statut de travailleuse handicapée au vu de ma santé. Je n’en veux pas car je suis toujours en arrêt maladie en France avec un salaire de 1200 euros. J’attends les décisions de justice du Luxembourg ».  

Elle est à présent en procès et ne compte ne pas lâcher l’affaire pour elle mais aussi pour tous les frontaliers qui seront dans son cas.

Elle espère monter un collectif pour lutter contre les employeurs qui profiteraient « d’une situation fragile » pour licencier des salariés « sans motif » déplorant  « Certains employeurs sont impitoyables au Luxembourg. Tu peux être licenciée du jour au lendemain. Ce n’est pas correct ».

La procédure judiciaire risque d’être longue, selon l’avocat de Claudine mais la jeune femme ne compte pas baisser les bras !

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