Elena, gérante d’un bar : « Je ne survivrai pas. Je vais devoir mettre la clé sous la porte »
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Elena, gérante d’un bar : « Je ne survivrai pas. Je vais devoir mettre la clé sous la porte »

Elena, luxembourgeoise, a ouvert un bar il y a 18 ans. Depuis le début de l'année, elle puise dans ses réserves financières pour maintenir sa petite entreprise. Mais pour combien de temps ? Cette deuxième fermeture, c'est le coup de grâce.

Publié par Chrystelle Thevenot le 24/11/2020 | 4.042 vues

A 14h, les clients attendent les nouvelles mesures du gouvernement luxembourgeois dans le bar d'Eich. Crédit photo : Chrystelle Thévenot

Elena, gérante d’un café dans le quartier Eich au Luxembourg, écoute attentivement l’allocution du Premier ministre Xavier Bettel ce lundi 23 novembre à 14h. Elle attend, avec quelques clients, les décisions prises par le Luxembourg pour ce deuxième tour de vis suite à la crise sanitaire du Covid-19 qui touche son pays.

Le café survivra-t-il à cette deuxième fermeture ?

Dans son établissement, une dizaine d’habitués, principalement des frontaliers, s’était réunie pour la soutenir. Mais voilà, le verdict tombe : « Fermeture des restaurants, des cafés (mais pas des commerces), des salles de sports, des gymnases, des cinémas, etc., réduction de 4 à 2 personnes invitées à domicile ou encore prolongement du couvre-feu entre 23 h et 6 h ».

Elena s’alarme : « Je ne survivrai pas. Je vais devoir mettre la clé sous la porte ».

Cette deuxième fermeture de son bar, c’est la goutte d’eau qui va faire déborder le vase. Ces nouvelles restrictions présagent l’arrêt « définitif », selon elle, de sa société : « Nous n’avons pas fermé, cet été, parce que nous voulions récupérer notre chiffre d’affaires. Ces prochaines semaines vont être encore très dures ».

Plus d’argent pour tenir debout

L’ambiance dans la brasserie est pesante. Plus le gouvernement détaille les décisions pour la sécurité des citoyens au Luxembourg, plus les regards s’assombrissent. Face à ses fidèles clients, elle tente de contenir sa colère. Psychologiquement, elle est épuisée : « En début d’année, j’avais deux serveuses qui travaillaient avec moi. Le contrat d’un de mes salariés ne sera pas reconduit. Je n’arriverai pas à garder mon autre employé » témoigne Elena, 45 ans.

Son café, situé aux abords de la rivière d’Eich à Luxembourg, est très fréquenté. Le service du déjeuner affiche complet. Les “petits cafés” pris tôt le matin ou dans l’après-midi, par les salariés des entreprises aux alentours, complètent son activité : « On s’en sort mais nous n’avons pas beaucoup de trésorerie parce que nous avons déjà beaucoup investi dans l’installation de matériel obligatoire pour la sécurité de nos clients : gel hydraulique, barrières de sécurité… » énonce la propriétaire.

Le fonds financier de cette petite entreprise familiale ne sera pas suffisant pour tenir à cette deuxième crise. Les aides du gouvernement « sont les bienvenues mais elles ne couvrent pas tout » avance-t-elle.

Des clients qui devront chercher d’autres solutions

De l’autre côté du comptoir, les clients sont installés devant la télévision observant le constat alarmant des chiffres de l’épidémie de Covid-19 de la ministre de la Santé Paulette Lenert. Les mines sont sévères. Les nouvelles mesures sont très attendues par le cafetier mais aussi par les consommateurs : « Je travaille sur un chantier juste à côté. Le bar, c’est l’occasion de faire un pause pas loin, de retrouver un lien social perdu et de faire vivre l’économie locale grâce à mes tickets restaurants que j’utilise pour me restaurer » confirme, Paul, 35 ans, maçon.

A partir de jeudi 26 novembre 2020, date de l’entrée en vigueur de ces décisions, cet agent belge devra se préparer « ses plats maisons avalés froids sur le chantier. C’est pas une vie »

On déconfine, on reconfine…à quoi ça rime ?

On susurre, sans hésitation, que le gouvernement luxembourgeois prend les bonnes mesures même si elles sont difficiles « à encaisser » note un autre client, pointant du doigt le chaos en Belgique et en France. On « confine », on « déconfine », on « reconfine » et « déconfine partiellement ». « Les Français ne se sont jamais autant déplacés que lors de ce 2e confinement. Les samedis et dimanches, on les retrouve aux frontières puisqu’ils viennent faire leurs courses, se mécontente Thierry, ouvrier, à ce rythme là, nous ne sommes pas prêts de sortir de cette crise sanitaire ».

Il ne reste plus que deux jours à Elena pour tout organiser et saluer ses clients. Elle a décidé, pour le dernier jour, de passer en boucle la chanson de Jeane Manson, sortie en 1994, « Ce n’est qu’un au revoir ».

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