La voiture autonome est autorisée en France, sauf que…
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Mobilité

La voiture autonome est autorisée en France, sauf que…

C’est ce jeudi 1er septembre que la conduite autonome dit de niveau 3 est officiellement légale en France. Une révolution ? Pas vraiment.

Publié par Aymeric Henniaux le 01/09/2022 | 1.177 vues

La conduite 100 % autonome n'est pas encore pour demain.
La conduite autonome est aujourd'hui toute relative.

Depuis l’arrivée sur le marché du géant américain Tesla, le rêve du véhicule pleinement autonome, permettant de se laisser conduire en tout sécurité en pouvant désormais répondre à ses messages, lire son magazine voire regarder une vidéo n’était plus une lointaine chimère.

Après les États-Unis, la Chine, l’Allemagne plus récemment et d’autres États, c’est la France qui a autorisé ce jeudi 1er septembre le système de conduite autonome de niveau 3. Une technologie séduisante mais qui comporte déjà plusieurs limites.

Où sont les constructeurs ?

C’est le premier frein des véhicules autonomes et pas des moindres : s’il est désormais possible de circuler à bord d’une voiture se conduisant seule, faudrait-il encore que l’offre suive. Or, à ce jour, aucun constructeur automobile n’a encore formellement demandé l’homologation de cette technologie dans l’Hexagone…

En Europe, c’est l’Allemagne qui fut la première, il y a près d’un an, à autoriser l’homologation de certains véhicules autonomes, en l’espèce les modèles classe S et classe EQS (son équivalent en électrique) chez Mercedes.

À part ça ? Pas grand-chose à dire vrai, la conduite autonome se résumant avant tout jusqu’à présent à une histoire de tests en situation réelle. Manager du cluster Automobility chez Luxinnovation, Anthony Auert confiait d’ailleurs il y a un an à nos confrères du Luxemburger Wort que « si sur le plan technique les choses progressent bien, une appréhension face à cette solution persiste encore et toujours ».

Mais alors pour quelle(s) raison(s) ?

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Le délicat sujet de la responsabilité

En réalité, l’aventure du véhicule autonome, popularisé en grande pompe par Tesla Motors et son emblématique directeur et co-fondateur Elon Musk, en a échaudé plus d’un. En quelques années seulement, la gamme de voitures autonomes du constructeur a été impliquée dans au moins 273 accidents sur les routes américaines. Le chiffre provient d’un rapport publié en juin 2022 par la NHTSA, l’Agence américaine de la sécurité routière.

Une voiture avec le « drive-pilot » ou « l’auto-pilot » activé, en cause dans un accident de la route mais avec pourtant son conducteur à bord, qui est responsable ? Difficile de trancher. En 2018, le Tribunal d’arrondissement de Luxembourg avait justement organisé un procès fictif traitant des conséquences d’un accident de la circulation, dans lequel un véhicule autonome était impliqué.

Responsabilité du conducteur, du constructeur… des étudiants en droit de l’Université de Luxembourg avait joué les avocats des différentes parties. Au final, le Président du tribunal d’arrondissement avait reconnu la faute du conducteur uniquement dans ce faux procès ; le fait que la voiture ait averti d’un danger avant l’accident exemptant, selon le magistrat, la responsabilité du constructeur. Reste qu’un procès fictif est loin de pouvoir faire jurisprudence…

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Les limites actuelles de l’autonomie

Outre la reconnaissance des responsabilités en cas de problème, ainsi que leurs prix toujours exorbitants, c’est peut-être également l’autonomie toute relative de ces nouvelles voitures qui pourrait expliquer leur décollage plus que poussif.

Car avec un logiciel de conduite autonome de niveau 3, le conducteur est loin de pouvoir garder les mains libres en permanence. Bien au contraire, plutôt qu’un trajet au cours duquel on pourrait vaquer à ses occupations en devant épisodiquement reprendre le volant, la technologie actuelle s’apparenterait plutôt à une conduite permettant à l’occasion au conducteur de lâcher le volant.

Dans les faits, le logiciel utilisé par exemple par Mercedes sur ses deux modèles n’autorise le conducteur à être libre de ses mouvements que dans certaines situations bien précises : dans les embouteillages sur certaines portions d’autoroutes, uniquement si la vitesse ne dépasse pas les 60 km/h et seulement par beau temps !

Malgré cela, le conducteur devra cependant être en capacité de reprendre les commandes en cas d’un trop grand écart avec le véhicule se trouvant devant ou encore à l’approche d’un tunnel. En outre, des capteurs vérifient en permanence qu’il est éveillé et stoppent automatiquement la voiture s’il ne réagit pas assez rapidement.

La marge de progression vers une autonomie complète semble encore vaste bien que moult prouesses technologiques aient déjà permis d’arriver à ces résultats. Si (et malgré l’intérêt manifestement supérieur des constructeurs pour l’électrique) l’innovation technique et technologique devrait parvenir à suivre sans trop de souci dans les prochaines années, le véritable enjeu pourrait être du côté de l’évolution des mentalités. En atteste cette étude du Center of Automobile Management, relayée par le quotidien allemand Die Welt au début du mois d’août dernier, indiquant que « 49 % des personnes interrogées ne se voient pas du tout utiliser un véhicule autonome ; 18 % seulement sont prêts à en utiliser ». La route sera longue.

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