Les ventes de tabac au Luxembourg font tousser à l’étranger
logo site
icon recherche
Société

Les ventes de tabac au Luxembourg font tousser à l’étranger

Si le Luxembourg vend beaucoup de cigarettes, la situation est bénéfique pour ses caisses mais pas forcément pour celles des Etats voisins. Mais au-delà des choix du gouvernement, les industriels du tabac ont aussi une part de responsabilité dans les différences de part et d'autre des frontières avec la France, l'Allemagne ou la Belgique.

Publié par Patrick Jacquemot le 25/11/2022

Vous renonceriez, vous, à 1 milliard d’euros ? La ministre des Finances du Luxembourg, elle, n’a pas l’intention de se priver de cette somme qui tombe directement dans les finances du pays grâce à la vente de cigarettes.

Car, même si fumer nuit à la santé, multiplie les risques de cancer, les fumeurs font aussi le bonheur du budget grand-ducal. Taxes et accises prélevées sur la vente des 3,6 milliards de cigarettes et les 4 950 tonnes de tabac à rouler vendus l’an passé ont ainsi pesé pour 5% dans les recettes du pays.

Le chiffre a été confirmé cette semaine par la ministre Yuriko Backes (DP). Avec même un montant dépassant le milliard d’euros attendu cette année qui s’annonce record en termes de vente…

Il est vrai que crise oblige, les fumeurs se rabattent encore plus vers les paquets vendus au Luxembourg. Tellement moins chers. On parle ici d’un écart qui va maintenant presque du simple au double par rapport au tarif pratiqué chez les buralistes des pays voisins.

Et le phénomène n’est pas prêt de s’arrêter. Par exemple, en France, une augmentation de 35 centimes par paquet a déjà été annoncé pour 2023. Une hausse qui fait craindre un renforcement du commerce frontalier, qui fait déjà perdre annuellement 5 milliards d’euros de recettes fiscales à l’Hexagone.

D’ailleurs, selon Paris, ce marché frontalier du tabac (avec le Luxembourg, mais aussi la Belgique, l’Andorre ou l’Espagne) représenterait en réalité 35% du volume partant en fumée en France.

La carte du sur-approvisionnement

Du coup, les buralistes français estiment à 400 millions d’euros le manque à gagner dans leurs tiroirs-caisses. Leurs homologues frontaliers belges ou allemands ayant moins à se plaindre du phénomène, les tarifs des paquets étant un peu plus proches. Mais leur chiffre d'affaires est forcément impacté.

Mais la politique fiscale ou en matière de santé publique des Etats voisins n’est pas la seule cause à pointer du doigt dans ce jeu commercial. Les producteurs, eux-mêmes, ont une part de responsabilité.

Ainsi, les cigarettiers joueraient volontiers la carte du « sur-approvisionnement des marchés frontaliers », indique le Comité national contre le tabagisme français. Une pratique non-conforme pourtant aux engagements de ces producteurs  auprès des autorités européennes.

Mais les faits sont là. Par exemple, au Luxembourg, la "consommation domestique" (celle des habitants) est estimée à 600 millions de cigarettes par an. Il en est livré 5 fois plus dans le pays…

Coût sanitaire dans la balance

Pire, a contrario, les bureaux de tabac des pays frontaliers ne seraient pas forcément approvisionnés à la hauteur de la demande locale. Ainsi, en 2021, un député français faisait remarquer « qu’en France où la fiscalité sur les cigarettes est plus importante, les cigarettiers devraient livrer quelque 55 milliards de cigarettes. Ils n’en distribuent qu’environ 40 milliards ! » Le même phénomène serait noté en Belgique et en Allemagne.

Par avance, on sait que ces arguments ne vont pas "attendrir" la position grand-ducale. La manne est trop belle, et nombre d'emplois dépendent de ce marché. Toutefois, paradoxe, du côté du ministère de la Santé luxembourgeois, on ne cesse de rappeler les méfaits de la "clope". Dans le pays, environ 1.000 morts par an sont recensés suites à des maladies liées au tabac, dont 80 décès sont liés directement au tabagisme passif.

Suivez-nous sur Instagram

Ailleurs sur le web