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Julie, ancienne trader : "Avant j’étais un nom, maintenant, je ne suis plus personne"

Atteinte d’une tumeur au cerveau, elle s’effondre inconsciente en pleine salle des marchés. En mi-temps thérapeutique et n’étant plus capable d’assumer le trading, elle subit alors harcèlement et brimades.

Julie (57 ans) est une ancienne opératrice des marchés. Originaire de Libramont, elle travaille depuis les années 90 dans la même banque, à Luxembourg-Ville.

Sa mission actuelle : le contrôle des activités de fonds des investisseurs : "Je vérifie que tout soit conforme aux prospectus, à la loi et aux réglementations européennes," explique-t-elle.

Débuts de trader

Comptable de formation, elle débute sa carrière dans l’établissement comme simple comptable. Au début des années 2000,  le secteur des organismes de placement collectif (OPC) est en plein boom et recrute massivement.

Elle demande alors sa mutation, et intègre le département de gestion des fonds maison. "J’ai toujours aimé changer : là, je m’occupais de passer les ordres des gestionnaires, pour les fonds de pension du groupe," précise-t-elle.

Tout se passe bien pour elle. Très bien même. Rapidement, elle rejoint le pool des traders, et prend des positions pour les OPC des clients. Elle est reconnue pour sa forte capacité de travail et pour ses compétences.

Epilepsie et perte de conscience

Jusqu’au jour où elle est soudainement prise d’une crise d’épilepsie, avant de s’effondrer inconsciente devant ses collègues. Les médecins lui découvrent une tumeur au cerveau. Celle-ci a la taille d’une balle de golf.

On l’opère d’urgence, et on la renvoie chez elle, le temps de se rétablir complètement. Cinq mois plus tard, elle retourne travailler.

Son médecin lui a prescrit un mi-temps thérapeutique, pour quelques mois. Ensuite elle travaillera en 4/5ème.

Mais au bureau, les choses ne sont plus comme avant. Déjà, elle n’est plus en mesure d’effectuer son travail de trader. Physiquement, elle n’en est plus capable.

"Mon corps n’était plus capable de supporter le stress"

"Je n’avais plus cette énergie, ni cette capacité de réaction d’autrefois. Mon corps n’était plus capable de supporter le stress," regrette-t-elle. Aussi, une demande de reclassement interne est entamée par le département RH.

Par ailleurs, sa banque venait d’être rachetée, peu de temps auparavant, par un autre établissement ; et, durant son absence, tous les managers de son département avaient été remplacés par une autre équipe dirigeante.

Ses nouveaux supérieurs refusent de croire que Julie ne peut plus assumer son travail de trader. Ils la soupçonnent même de simuler sa maladie ; ils n’admettent pas son mi-temps thérapeutique.

"Ils ont tout fait pour me forcer à reprendre mon activité de trading," s’indigne-t-elle. "Ce que les médecins m’avaient fortement déconseillé. Eux, s’en fichaient complètement et étaient prêts à mettre ma santé en danger.".

On lui confie des tâches sans intérêt, que les autres rechignent à effectuer ; elle est la cible de pressions verbales et écrites de ses managers : "Avant le rachat j’étais un nom. Après le rachat, je n’étais plus personne," confie-t-elle.

"Ici, on n’aime pas les temps partiels "

Elle demande alors à changer de service, et à faire partie de l’équipe volante. Celle-ci intervient dans les départements du groupe, pour des missions ponctuelles, selon les besoins.

"Toutes mes demandes, étaient systématiquement rejetées ; les RH prétextaient qu’avec mon mi-temps j’étais difficile à caser," s’insurge-t-elle.

"Ici, on n’aime pas les temps partiels ! Parfois aussi, on me racontait cyniquement, qu’on avait besoin de moi dans mon département.".

Durant cinq ans, elle endurera ce harcèlement et ces brimades : "Depuis mon retour en 2011, je n’ai plus jamais reçu de bonus, à cause de ma maladie. Toutes mes évaluations annuelles sont toujours très, très mauvaises."

"Ma maladie est considérée comme une tare inacceptable"

Et pendant ce temps, toutes ses nouvelles demandes de transfert dans un autre service sont à chaque fois refusées : "Pour certains employeurs, la maladie est considérée comme une tare inacceptable. Ils ne font preuve d’aucune compréhension ni d’aucune empathie.".

Jusqu’au jour de février 2016, où le groupe bancaire annonce au staff sa décision d’internationaliser ses activités. Dans le vocabulaire bancaire, internationaliser signifie tout simplement délocaliser.

Son poste est alors fermé, et on lui fait comprendre qu’il n’y a plus de travail pour elle. Elle re-postule pour l’équipe volante. Sa demande est cette fois acceptée.

"Je revis et me sens enfin utile !"

À nouveau, elle se sent  bien dans son travail : "Mes collègues étaient nocifs pour ma santé. Maintenant, je revis et je me sens enfin utile !" se réjouit-elle.

À chaque fois, ce sont de nouvelles équipes qu'elle côtoie, de nouvelles compétences et de nouveaux produits, qu’elle découvre. Et en échange, elle apporte ses connaissances et ses expertises au département.

Dans trois ans, elle pourra aspirer à la retraite : elle dispose de suffisamment d’années pour se le permettre.  Cependant, elle ne compte pas lâcher prise aussi facilement.

 "Si on me propose de partir, avant, en pré-retraite, je refuserai. J’ai dû me battre pour retrouver ma place et ma dignité dans la banque. C’est moi qui déciderai du jour de mon départ!"

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Portrait de jozf
jozf le

qu'il est beau le monde de la finance... A gerber !

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