Avortement aux USA : entre stupeur et mobilisation au Luxembourg
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Société

Avortement aux USA : entre stupeur et mobilisation au Luxembourg

La décision de la Cour suprême des États-Unis de révoquer le droit fédéral à l’avortement a suscité de vives critiques dans plusieurs parties du monde. Le Luxembourg n’y a pas échappé.

Publié par Aymeric Henniaux le 27/06/2022 | 626 vues

Le Premier ministre luxembourgeois a vivement critiqué la décision de la Cour suprême des États-Unis de révoquer le droit à l'avortement.
Au Luxembourg et chez ses voisins, des lois garantissent le droit à l'avortement.

L’arrêt s’appelait Roe v Wade et datait de 1973 ; c’est lui qui garantissait, depuis 1973, le droit à l’avortement aux femmes souhaitant le pratiquer. Pourtant, le 24 juin, la Cour suprême des États-Unis, par six voix de ses juges contre trois, a choisi de révoquer ce droit, laissant désormais chaque État américain libre de décider de la législation qu’il souhaite. Une annonce qui a stupéfié l’opinion et les politiques et entraîné une pluie de réactions dans de nombreux pays de la planète.

Une décision « anti femmes » pour Xavier Bettel

Choqué comme bon nombre de chefs d’États, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel a réagi sur Twitter peu après l’annonce de la Cour suprême américain, rappelant qu’à ses yeux « rendre les avortements illégaux n’est pas pro-vie. C’est anti-choix. C’est anti-femmes. Cela ne sauvera pas de vies. Cela va tuer des femmes. C’est une injustice sociale et économique. Et c’est tellement, tellement faux. Les droits de reproduction ne sont pas seulement les droits des femmes. Ce sont des droits humains. Alors défendons-les tous. »

Chez nos voisins, le Premier ministre belge Alexander De Croo s’est dit, lui, « préoccupé du signal que cette décision envoie au monde », quand le Président français Emmanuel Macron rappelait que « l’avortement était un droit fondamental pour toutes les femmes. Il faut le protéger ». De son côté, comme un symbole, le Parlement allemand a abrogé le même jour le paragraphe 219a du Code pénal, une ancienne loi adoptée en 1933 pendant la période nazie qui limitait la publicité autour de l’interruption volontaire de grossesse…

Un peu d’histoire

Depuis plusieurs jours, des voix s’élèvent déjà (en France et en Belgique notamment) pour réclamer une inscription officielle du droit à l’avortement dans la constitution respective des deux pays. Si ce droit est bien garanti par une loi dans nos pays, il est souvent le fruit d’un long travail législatif et d’âpres débats politiques.

  • Au Luxembourg, le premier texte législatif sur le sujet date de 1978, avec l’adoption par la Chambre des députés de la loi « relative à l’information sexuelle, à la prévention de l’avortement clandestin et à la règlementation de l’interruption de grossesse ». C’est en 2014 seulement qu’une modification de la loi supprimera la « notion de détresse », nécessaire pour justifier une IVG. Désormais, seule la décision de la femme enceinte suffit.
  • En Allemagne, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) date de 1972, alors adoptée par la Volkskammer, le Parlement de la République démocratique allemande (RDA). Officiellement, l’IVG n’est plus condamnable depuis 1995 seulement.
  • En France, c’est Simone Veil, alors ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing qui porta en 1975 le projet de loi encadrant la dépénalisation de l’avortement, lui donnant même son nom. Ses mots à l’Assemblée nationale sont d’ailleurs restés célèbres : « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme, et je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. »
  • La Belgique a tranché plus tardivement la question du droit à l’avortement. Avec 126 voix pour et 69 contre, la loi dépénalisant partiellement l’avortement est votée en 1990. Mais, problème, le roi Baudouin refuse la sanction royale, bloquant d’emblée le texte. Après un flottement, ce dernier entrera finalement en vigueur.

Un droit garanti, mais fragile ?

Présidente du conseil d’administration du Planning familial luxembourgeois, Ainhoa Achutegui rappelle qu’au Luxembourg aussi le droit à l’avortement pourrait un jour se voir menacé. « Si le Luxembourg est pour le moment épargné par l’extrême droite radicale, cela peut changer très rapidement. »

Appelant également à inscrire ce droit pour les femmes dans la constitution, le Planning familial du Luxembourg a prévu de se mobiliser mardi 28, lors d’une manifestation à 12 h 30 devant l’ambassade américaine.

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