Le personnel infirmier frontalier toujours plus attiré par le Luxembourg
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Le personnel infirmier frontalier toujours plus attiré par le Luxembourg

Dans les régions frontalières de France et de Belgique, les structures hospitalières constatent un exode massif du personnel infirmier vers le Luxembourg. Une situation devenue très difficile à gérer, surtout en période de COVID.

Publié par EddyThaux le 18/06/2021 | 3.619 vues

infirmière au Luxembourg
infirmière au Luxembourg

Depuis le début de la crise du COVID, on a beaucoup entendu parler de la dépendance du secteur hospitalier luxembourgeois par rapport au personnel médical frontalier. Plus de la moitié du personnel soignant luxembourgeois habite en effet en France, en Allemagne ou en Belgique et, sans ce réservoir de compétences, les hôpitaux grand-ducaux ne pourraient pas tourner à plein régime.

Pour les attirer, le Luxembourg a mis les moyens : rémunérations attractives, conditions de travail idéales, flexibilité des horaires, etc. La mise en place progressive de ce petit paradis pour les soignants a toutefois conduit à l’émergence d’un désert de compétences médicales dans les régions frontalières du Luxembourg, particulièrement dans la province du Luxembourg belge et dans la région française du Grand Est.

Les infirmières, principalement, n’hésitent plus à franchir la frontière pour trouver un travail à la fois plus rémunérateur et plus confortable.

Des dizaines de départ chaque année

Si cette situation est loin d’être neuve, elle est devenue une réelle source de tensions entre les différents pays voisins depuis le début de la crise du COVID. En avril dernier, plusieurs médias nationaux belges et français se sont fait l’écho de cette problématique, insistant notamment sur la nécessité, pour la Belgique et la France, de revaloriser les salaires de ces travailleurs dont l’importance est à proprement parler vitale.

Dans un reportage suivant une infirmière lorraine qui passe chaque jour la frontière, France Télévisions soulignait ainsi la différence de traitement salarial entre la France et le Luxembourg, où une infirmière gagne 3.500 EUR net, soit le double du salaire français. La capsule insistait aussi sur les conditions de travail plus agréables au Luxembourg, où une infirmière a deux fois moins de patients à charge.

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En Belgique, un constat similaire a été posé dernièrement par la RTBF, qui s’est penchée sur la situation pour le moins délicate rencontrée par l’intercommunale Vivalia, une structure qui gère les hôpitaux de la province de Luxembourg. En 2019, 57 membres du personnel ont franchi la frontière. 30 autres infirmières ou collaborateurs ont quitté le navire en 2020. Et, au mois d’avril 2021, ils étaient déjà 29 à avoir rejoint le Luxembourg, principalement des infirmières expérimentées, formées en Belgique. Résultat : Vivalia connaît un déficit de personnel de l’ordre de 75 équivalents temps plein. Un manque de personnel qui s’est révélé catastrophique en pleine période de COVID.

Revaloriser une profession essentielle

Pour remédier à cette situation, la France et la Belgique ont promis des enveloppes fournies destinées à revaloriser le métier d’infirmière. En France, le ministère de la Santé débloque ainsi 740 millions EUR chaque année pour rendre les salaires plus attractifs. En Belgique, ce sont 600 millions EUR qui sont promis. Mais de part et d’autre de la frontière, on estime aussi qu’un travail plus en profondeur sera nécessaire pour mettre un terme à l’exode de personnel infirmier vers le Luxembourg.

En effet, si le salaire joue un rôle important dans la décision des infirmières belges et françaises de rejoindre le Luxembourg, il ne s’agit pas du seul élément qui plaide en faveur du Grand-Duché. Nous le disions, le fait que les infirmières aient moins de patients à prendre en charge simultanément est également très apprécié par les soignants. En outre, la carrière d’une infirmière est aussi plus courte au Luxembourg – où l’on peut déjà être pensionné à 58 ans – qu’en Belgique, par exemple, où il faut attendre jusqu’à 67 ans. Pour juguler cette fuite des compétences médicales, il faudra donc sans doute passer par une refonte fondamentale du statut de l’infirmière.

Quentin Deuxant

Entreprises magazine n° 108, juillet-août 2021

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