Christian, 60 ans : « Le Luxembourg, c’est plus comme avant »
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Emploi

Christian, 60 ans : « Le Luxembourg, c’est plus comme avant »

A un an de la retraite, Christian 60 ans est frontalier français et a travaillé près de 30 ans au Luxembourg dans la restauration. Un métier « pas facile » qui a bien changé. Avec le confinement, les jeunes ont boudé la profession. Ils sont partis « voir ailleurs ». Témoignage. 

Publié par Chrystelle Thevenot le 05/08/2021 | 28.856 vues

Christian est  saisonnier dans un restaurant situé dans la commune de Clervaux. Ce sera probablement sa dernière mission professionnelle au Luxembourg.

A 60 ans, il a eu plusieurs vies professionnelles mais se souvient avoir débuté sa carrière comme aide-cuisinier dans la restauration au Grand-Duché : :« J’ai été en charge de famille très tôt et j’ai dû rapidement travailler. Je ne parlais pas plusieurs langues étrangères et je n’avais aucun diplômes, j’ai pu à l’époque facilement trouver un emploi. J’étais débrouillard, motivé… cela suffisait finalement » décrit Christian, originaire de Fameck.

Une mauvaise expérience en France…

A 40 ans, il a décidé de se lancer en achetant son propre restaurant dans le nord du département de la Moselle. La concrétisation pour lui d’un rêve d’enfant. Les choses n’ont pas tourné comme il le souhaitait et au bout de 10 ans, il a mis la clé sous la porte : « Je m’étais associé à un escroc qui a puisé dans la caisse du restaurant. Je me suis retrouvé sur la paille m’obligeant à reprendre le travail chez un employeur pour payer mes dettes » partage l’homme encore blessé par cette mauvaise collaboration. Une expérience derrière lui mais qui lui a laissé un goût amer.

…de retour au Luxembourg

Il a donc repris le chemin du Luxembourg recherchant un job de serveur/aide-cuisinier. Il reconnaît, avec un peu de recul, que les temps ont changé : « Quand j’ai débuté, on ne parlait pas de pénurie de salariés surtout dans le domaine de la restauration. Point positif, je n’ai pas eu de mal à retrouver un emploi » témoigne-t-il accentuant sur le fait que « Les horaires sont flexibles et très souvent tu travailles le week-end. Ce sont des sacrifices à faire. Les jeunes auraient désormais tendance à fuir ces rythmes effrénés  ». Autre avantage qu’il reconnaît : « moins tu as de monde dans un secteur d’activités et plus les salaires sont intéressants. Si tu es bosseur, tu peux être le roi du pétrole ! » met-il en valeur pour convaincre les plus réticents.

Pas besoin de diplômes et de parler plusieurs langues

Un manque de personnel dans la restauration donc qui continue sa forte progression :  « Mon employeur, par exemple, se trouve confronté à une difficulté sans précédent de recrutement de saisonniers. Tous les ans, c’est même casse-tête. Serveurs, cuisiniers et réceptionnistes manquent à l’appel. Du jamais vu dans un secteur très ouvert aux différents profils puisqu’il n’y a pas forcément besoin de beaucoup de qualifications mais uniquement de l’huile de coude ».

«A mon époque, un restaurateur qui placardait une affiche sur la porte de l’établissement, pour trouver des saisonniers, il y avait des files d’attente de candidats ». Aujourd’hui, « Même si tu postes sur les réseaux sociaux ; tu n’as pas un seul retour ! Et aucune candidature spontanée non plus ».

Une situation alarmante qui prouve le mal-être d’une profession.

Perte de vocation avec le confinement

Le problème n’est pas nouveau, selon Christian, mais la crise sanitaire de la Covid-19 en 2020 a accentué ce phénomène : « Elle a exacerbé les faiblesses d’un secteur, à savoir le travail le week-end ».

Par conséquent, le confinement a été un électrochoc. De nombreux salariés se sont reconvertis : « Même si tu proposes un salaire attractif, ils ne sont plus intéressés. Ils sont partis travailler dans des hypermarchés en France ou au Luxembourg pour retrouver de la sérénité. Dans la restauration, les jeunes ne veulent plus sacrifier leur vie perso ».

Comment convaincre les jeunes et les hésitants ? Christian soulève la problématique des plannings, à commencer par la coupure entre les services du midi et du soir : « Les journées sont longues pour un salarié résident et encore plus longues quand tu es frontalier. Il faut repenser le système pour attirer du monde ».​

Dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe

Christian devrait prendre sa retraite l’année prochaine. Son objectif ? Transmettre son savoir-faire avant de partir. Mais voilà, son employeur lui a déjà demandé de rester un peu plus longtemps. Il m’a dit avec humour :  « Je crois que c’est dans les vieux pots que l’on fait encore la meilleure soupe ». Une soupe un peu salée pour ce senior même s’il est motivé !

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